30 juin 2008
Emanation délétère
Mon tuyau de douche me fait penser à un boa anorexique. Ses écailles jaunes m'envoutent jusqu'à me faire totalement perdre la tête. Je le dévore des
yeux, mais il refuse de m'étouffer. Alors je promène mes doigts le long
des carreaux blancs humides, jouant avec les gouttes d'eau transparentes, dans le seul but de l'amadouer. De haut en bas. De bas en
haut. Mais rien n'y fait, il refuse de me mordre. Alors je ferme les
yeux, et je sais qu'il se réveille. Lui, si fin, si maigre, peut être a-t-il compris qu'il était temps de se nourrir. Je sens qu'il cesse de faire couler l'eau, préférant me cracher des vers
de terre chauds, comme pour me préparer à subir son attaque. Je les sens partout sur moi, s'agglutinant dans mes cheveux, glissant le long de mes lèvres, chatouillant la paume de mes mains. Ils m'enveloppent et me recouvrent. Je ne réouvrirai plus les yeux. C'est que le boa est un divin médium...
26 juin 2008
Le poids des cils

Je la revois en larmes continuellement, et cela me pétrifie. Comme un débris de verre perforant mon œil, ce qui pourrit à l’intérieur ne pourra jamais être extrait sans causer de dommages irréparables. Et celui qui me voit d'au-dessus se régale de me voir ainsi ravagé. Il serait si simple de réussir à s'échapper de l'emprise de ses images qui me violent et me tourmentent, si seulement je prenais la peine de me contraindre à ne plus m'enfermer dans ce cycle infernal. Mais je ne peux m'y résoudre, renier ce qui pourrait presque être considéré comme une partie de moi. Alors j'observe, je fixe, j'écoute, je vis, chaque seconde qui passe, chaque parole prononcée, chaque rictus aussi léger soit-il... Je plonge instantanément dans ce monde si monstrueusement divin, où tout me semble exquis même dans sa laideur la plus absolue. Un monde où ce que je suis n'a plus aucune importance. N’oublie pas de venir me voir quand il sera trop tard. Je serai toujours là où il convient d'être quand tout n’est plus.
J'aimerai tant être là bas, partager ce qui me tourmente avec des personnes qui comprendraient et ressentiraient la même douleur qui me consume chaque jour. Construire mes souvenirs au milieu de ces lieux que je connais par cœur sans jamais y être allé... M'allonger sur les pavés en regardant tomber les flocons de neige... Courir dans le parc et passer des heures sur le tourniquet... Mais chaque minute qui passe ici me rappelle que ce ne sera jamais le cas, qu'il est impossible d'échapper à la réalité. Et je ne sais toujours pas ce qui me fait le plus mal, demeurer ici totalement incompris ou savoir qu'il est impossible d'échapper à son destin. Surement les deux, et bien plus encore. Et tandis que je ferme les yeux, je demeure hanté par ses mots qui m'insupportent... Du souffle dans le sang et des coups dans la gueule pour ne pas s’endormir. Peut être est-il enfin venu le temps de tout quitter. Peut être que ce soir, tout sera bel et bien fini.
18 juin 2008
Des vagues de cendres

Comme un retour qui n’en est pas un. Ou pourquoi continuer quand certains pensent être les personnages de toute cette mascarade. Il y a des jours où tous ceux qui sont autour disparaissent mystérieusement lorsque les troubles sont à leurs paroxysmes. Plongé dans cette solitude infligée, à quoi bon chercher à s’en sortir. Et quand le système dégénère, mieux vaux s’échapper à tout prix. Le monde, sa folie. Fuir, très loin. La montre ne cesse de s’emballer sur les quais où tout se fige. Le vent effleure légèrement ses cheveux, les rayons du soleil l’éblouissent, il faut faire attention aux rails… Le bruit tout autour l’enfonce davantage dans sa bulle, et, dans l’attente, de nombreux scénarios le traversent. Le monstre de ferraille s’annonce bruyamment avant de faire son entrée fracassante. Et tous se précipitent dans ses bouches, alors il se laisse aller par l’effet de foule avant de se retrouver avachit dans un fauteuil vert.
Tout s’engouffre davantage à l’intérieur, ses doigts se baladent sur la banquette, et le paysage qui défile à toute vitesse hypnotise son esprit. Les fils montent et descendent, s’emmêlent et disparaissent pour mieux réapparaître. Ses écouteurs permettent de solidifier sa bulle, les aiguilles font la course pour mieux se reposer. Ses voisins s’échangent et lui sourit. La fin de l’expédition se fait proche, mais quand les yeux se ferment, tout recommence. Un jour, peut être, le vent tournera autrement.
15 juin 2008
S'égarer au milieu des failles

Je compte les larmes sur mon visage... Je ne comprends plus grand chose et toutes mes actions se contredisent dans une cohue désastreuse. J'aimerais me noyer dans un yaourt à la vanille. Je caresse du bout du doigt la composition chimique empaquetée qui se noie dans un liquide gélatineux... C'est si doux... Je ferme les yeux, et je me répète encore une fois combien j'aimerai dormir. Tout s'effondre, tout succombe, et moi avec. Dévorer de l'intérieur par l'invisible cruauté, je passe d'un état à un autre en un battement de cils. Et tandis que je prétends marcher comme un funambule, personne ne voit rien. J'ai parfois l'impression d'être totalement invisible. Alors je n'ai plus grand chose à faire, si ce n'est faire semblant d'être encore ce que je prétends être. Et choisir de chasser ces idées morbides qui me tourmentent ou de les laisser me détruire une nouvelle fois. Je suis tellement fatigué... Toi qui git en moi, dis moi quand tout disparaitra...
20 mai 2008
Danse anale, ronde fécale

Donne moi une seconde que je me rase la tête. Les fringues à l'endroit à l'envers, peu importe tant qu'il y a de l'harmonie dans les couleurs. Et il faut encore brûler mon paquet de cigarette pour aspirer la fumée et m'allonger sur le bitume pour entendre les étoiles me parler. Elles ne me diront rien de plus que je ne sais déjà. Mais elles sont si gentilles avec moi... Musique à fond, la fiole dans le sang, le portable ne sonnera plus. Demain il me faudra vider les bouteilles d'eau par la fenêtre pour chasser les démons qui y logeaient. Elle me dit que ça ne servira à rien, mais elle n'a jamais su faire rien d'autre dans sa vie que de me mentir. Je lui demanderai bien de se taire mais je me sentirai tellement seul. Je ferme les yeux pour contempler les petites étincelles. Parce que ça me rend si euphorique.
Le temps passe sans que je ne m'en rende vraiment compte, et je crois que je tourne en rond. Mon bras le sent passer. Si j'avais la possibilité de conduire, je serai parti chercher des bonbons schtroumpfs pour les tripoter un peu. J'aime bien les piquer avec une aiguille, il n'y a que les petits nounours en gélatine qui sont jolis une fois décapités. Mon foie me démange, à moins que ça ne soit mon estomac, j'ai jamais vraiment rien compris à tout ce qu'il y avait là dedans. Tout m'exaspère. Vivement que tu partes une bonne fois pour toute pour mieux revenir. La fatigue me détruit encore plus. Rien n'a jamais vraiment eu de sens.
12 mai 2008
Escapade au coin du bureau

Elle reste assise devant moi, tandis qu'ils lui expliquent ce qui ne va pas. Assis derrière eux, je m'abreuve de leurs mots qui m'hypnotisent. Je cherche à comprendre leurs réactions, mais très vite leurs paroles ne sont plus qu'un flot de bruits qui me berce lentement. Je les contemple avec curiosité, mais mes yeux sont très vite captivés par les lumières scintillantes qui dansent par la fenêtre. Toute mon attention me fait me perdre dans les fleurs colorées de la petite pelouse juste en face de moi. Leurs couleurs vives et chatoyantes me rappellent combien j'aimerai être dehors à dormir au milieu d'elles plutôt que de perdre mon temps enfermé ici. Les hautes herbes remuent d'un coup, laissant s'échapper un gros lapin violet. Son pelage flamboyant et coloré m'intrigue fortement. Son petit museau délicat caresse les pétales des fleurs, et je le regarde en manger une première, puis une seconde... Je demeure fixé sur cette grosse boule de poils qui se délecte, quand il parait soudain capté l'insistance de mon regard. Sa petite tête se tourne rapidement vers moi, ses deux pupilles rougeâtres et scintillantes me regardent d'un air furieux. Il ouvre alors sa gueule, exhibant ses crocs, et se jette sur toutes les fleurs qu'il dévore d'un coup avant de bondir dans les hautes herbes. Je reprends mes esprits, ils sont toujours là à la sermonner. Et ce n'est que le début d'une longue, très longue journée...
06 mai 2008
Derrière l'ombre

Il n’y a plus de rêves quand ses yeux commencent à se réveiller. Son esprit s’amuse des rayons faibles qui luisent sur son plafond. Il n’est pas sur de savoir qui il sera aujourd’hui, pas plus de ce qu’il a fait hier soir… Après tout quelle importance. En descendant les escaliers, il croit voir l’espace d’un court instant une personne assise sur le canapé qui le dévisage, avant d’être épris d’une sensation de déjà-vu. Il avance lentement, s'abandonnant contre les portes pour les ouvrir, jusqu'à atteindre sa salle de bains. Il se laisse perdre au son de l’eau chaude qui coule dans le lavabo, avant de s’asseoir à même le sol, laissant les vapeurs l’assoupir davantage. Peut être faudrait-il aller se recoucher plutôt que de se forcer à affronter le monde extérieur et risquer d’imploser dans l’indifférence totale. Si seulement tu pouvais sortir de ma tête… Ses mains se resserrent sur sa tête, alors il s’allonge tandis que la température et l’humidité ne cessent d’augmenter. Il attrape la poignée du tiroir qu’il fait tomber sur le tapis, renversant tout son contenu. Il attrape la petite glace, et efface la buée avec sa paume. Il contemple ses lèvres qu’il saigne de ses dents, avant de fixer son propre regard. A moitié perdu, il se sent si sale. Des pensées lui trottent dans la tête, se succèdent des petits brins de fantasmes et de terreurs entre deux toux légères. Mais lorsqu'il revient à lui, le dégoût l’emporte alors il jette le miroir contre le mur pour ne plus avoir à supporter ses deux perles noires qui le scrutent.
Un regain de motivation le prend subitement, il se soulève difficilement et s’écroule alors dans la baignoire ou l’eau gelée qu’il fait couler monte lentement. Il se laisse surprendre par l'étrange sensation que lui procure cette fraicheur qui tranche avec les vapeurs de la pièce qui continuent d'émaner du lavabo. Réveille toi et prends le contrôle. C'est étrange comme il est parfois si simple de se laisser aller. L’eau froide commence à lui faire mal, mais étrangement il ne s’est jamais senti aussi bien. Ses habits qui lui collent à la peau lui donne l’impression d’être dans une carapace de coton tout en lui infligeant une lente souffrance. A l’intérieur de la chair qui se durcit, seul un amer mélange de peine et d’amertume se fait ressentir. Rien ne sera jamais plus comme avant. Il ne sent pratiquement plus le froid de l’eau qui lui borde désormais les lèvres. Pourquoi continuer comme ça. Sa tête se baisse lentement. Comme tout le monde, il n’est personne.
29 avril 2008
Moisissure de la débauche

Ce soir, il veut en finir. La solitude l’a plongé dans un état terrifiant, faisant de lui un sac de chair fade et fragile. Ses yeux demeurent continuellement éteints, plus rien ne semble le faire réagir. La plaie est trop profonde, et seuls les médicaments et l’alcool parviennent encore à la colmater quelques heures durant. Chaque minute qui passe lui est douloureuse. Si tout pouvait cesser... Rompre avec cette vie morte. Revenir à la surface. Etre et se sentir être. Chasser ses démons n’est cependant pas chose facile quand ils ont provoqués l’accoutumance. Il regarde les bouteilles vides qui jonchent le sol tout en lui faisant les yeux doux... Après tout, on ne peut pas tourner la page d’un seul trait. Quelques amis à la rescousse, et voici comment d’autres bouteilles finissent elles aussi à terre. Ce soir il faut vivre, oublier les mois passés à se détruire. Qu’importe l’excès quand on se sent bien pour la première fois depuis… Depuis quand déjà ? Les sourires s’enchaînent sur son visage, ses yeux pétillent, il apparait comme rarement auprès de ceux qui l’entourent. Et durant quelques secondes, il ressent comme une impression de bien être. Ce soir, il n’est plus seul.
Et sous l'insistance de ses convives, il relève le défi de sortir, d’aller là où il refusait d’entrer,
de peur d’être jugé, exclu, rejeté. Les autres ne supportent pas ceux qui, comme lui, vivent dans un état de tristesse permanent, et ce pour divers raisons qu’eux
seuls connaissent mieux que quiconque. Ce soir, il est presque comme eux. Ils ne verront pas ce que tu as traversé...
Il lève la tête et croise le regard de celui pour qui tout son intérêt se porte subitement. Ce soir, il croit tomber amoureux. Il le fixe sans relâche, ses yeux se perdent dans son sourire, laissant ses pensées s'emballées. Pourquoi ne me regardes-tu pas ? Les rêveries se mêlent à la réalité, et durant quelques minutes il ne sait plus où il se trouve. Tous deux survolent la ville, l’un toujours là pour l’autre, qu’importe les épreuves. Ses yeux le piquent, mais ce verre à la main l'empêche de les frotter. Cela pourrait être tellement simple, mais ne semble pas être une évidence pour celui qui l'obsède, lui qui semble si inaccessible... Et son ignorance à son égard nourrit sa folie. Tout est encore plus sombre, l'ivresse le pousse à étancher sa soif, tandis qu’un inconnu prend la place qu'il convoitait auprès de son prétendant. Pourquoi lui ? Pourquoi... lui... ? Pourquoi... ? Il lui vole ses rêves tout en lui arrachant le cœur à deux mains. Abattu, il les regarde et comprend qu'il n'a plus aucune chance. Il se sent mal, lourd, et se laisse péniblement accroupir par le poids de la souffrance, dans une indifférence totale. En face de lui, le miroir tapissant l'intégralité du mur lui renvoie une pathétique image de l'instant présent. Et il ne cesse de se voir... Son teint blafard, ses traits grossiers, ses cernes monstrueuses, ses cheveux décoiffés, les imperfections de sa peau... A trop vouloir en faire avec cette apologie de la débauche, te voilà dans un état lamentable. L'électrochoc ne se fait pas attendre. Regarde toi... Regarde ce que tu as fait... Regarde qui tu es...
Sans prévenir personne, il se lève et se précipite vers la sortie. Il parcourt les rues sombres en se griffant les bras jusqu'au sang, balbutie en pleurant des mots que lui même ne comprend pas, s'arrache les cheveux en gémissant... Tout en lui est redevenu aussi froid et malade qu'avant. Il se jette sur sa porte d'entrée qu'il claque violemment derrière lui, et se dirige d'un pas décidé vers sa cuisine. Il contemple son tiroir à couteaux qu'il entend le supplier... Ouvre moi... Ouvre-moi...
24 avril 2008
Les grincements de l'obscurité

Dans ce miroir, je te vois me sourire, et je me décide à venir te rejoindre. Je te cherche partout, mais les gens dans la rue ne me comprennent pas quand je leur demande s'ils t'ont vus par ici. La ville se vide petit à petit, et je t'entends derrière moi, comme si tu t'amusais à rester dans mon dos. Les lampadaires s'éteignent les uns après les autres, et les bruits s'estompent à mesure que la noirceur s'installe. Je me perds dans les abysses de la ville, ne sachant où aller pour retrouver ma route. Je m'arrête pour allumer mon briquet, mais il fait trop noir pour voir quelque chose. Ne me laisse pas seul dans la nuit, laisse moi t'approcher et fuyons avant que les autres ne me prennent pour le monstre de derrière la maison et décident de m'égorger. J'entends des pas qui s'approchent de moi. Une fenêtre s'illumine, je cours vers elle, le mur est couvert de mousse. J'essaye de regarder à travers les carreaux mais la couche de crasse grisâtre qui la recouvre m'empêche de savoir combien d'âmes errantes logent à l'intérieur de ce taudis. La poignée se tourne aisément, je pénètre le long couloir sombre, m'approchant du tas de briques à terre pour m'allonger entre elles. Je regarde la lumière qui s'échappe de sous la porte et y glisse ma main. Mes yeux se ferment, je perds toute notion de temps.
D'au-dessus, assis dans une chaise, un verre à la main, je me regarde m'endormir. Des mains m'empoignent les épaules et me secouent brusquement pour me projeter contre le mur. La bouche en sang, je sens deux dents tombées sur le plancher. Je me baisse pour les ramasser et les mettre dans la poche de mon jean. Une femme me regarde fixement de l'autre côté de la pièce. D'un air plaintif, elle chuchote des mots que je ne comprends pas en se coupant des mèches de cheveux. Je m'approche alors pour mieux l'entendre... "Tu ne seras plus rien..." gémit-elle. Son expression change d'un coup, comme saisie par un mal brutal, des convulsions la saisissent. Ses yeux rivés dans les miens, elle se plante les ciseaux en plein cœur. Une porte s'ouvre derrière moi, je m'avance dans une chambre ou une lampe illumine un livre ouvert sur une commode. Les mots sont écrits dans une langue qui m'est totalement inconnue, alors je ferme le livre d'un coup si brusque qu'un flash de la défunte aux ciseaux m'apparait à côté de moi. Mes yeux me piquent, je m'allonge alors sur le lit et allume la télé suspendue au plafond. Elle ne me montre rien d'autre que mon corps étendu mort sur ce même lit. Le téléphone sonne, je me lève pour décrocher, et tu me demandes de te rejoindre dans le jardin de la vieille maison abandonnée. Je regarde dans le miroir ma bouche esquintée, les traces de sang séché, je pense à toi. L'abandon de mon esprit m'emporte dans un éclat de sanglots et de rires. Je m'accroupis et contemple les lignes de ma main, je sens mes yeux rougir, les lignes ne m'indiquent aucun bon présage. Hystérique, je saccage la chambre à la recherche d'un oracle pour obtenir davantage de réponses. Mais il n'y a rien, alors je sèche mes larmes, mets le feu aux rideaux et sors par la fenêtre, laissant la pièce s'enflammer.
J'avance dans une ruelle mal éclairée, j'aperçois un homme, genoux à terre, se mettant un flingue dans la gueule. Il me tarde tellement de te voir... J'arrive derrière la maison abandonnée, presque essoufflé. Je crois te distinguer, de dos, assis sur la balançoire rouillée. Je m'avance, mes chaussures sont couvertes de boue, je commence à avoir froid. Tu ne bouges pas, assis, comme si tu ne m'entendais pas arriver. Je me place en face de toi, et je cherche à comprendre la raison de cette inertie. D'un coup, tu te jettes sur moi, m'allonge au sol, brandissant une bouteille brisée. La rage dans ton regard mêlée à tes hurlements me transpercent le cœur. Mes yeux se ferment et je ressens comme une griffure sur ma gorge avant de m'endormir. Je me réveille dans une boite, devant un écran transparent. Face à moi, la femme aux ciseaux est allongée dans des draps calcinés, une télécommande à la main. Je ne suis plus rien.
20 avril 2008
Vestige émotionnel

Deux bougies percent la noirceur de la pièce, et son regard le fait se perdre dans un léger clair de lune. Les aiguilles se fuient pour mieux se rapprocher. Il sent son ventre qui le dévaste, ses yeux trempés, ses dents serrées, sa gorge nouée. Anéanti, il se retient pourtant de ne pas craquer. C'est la meilleure façon pour ne pas finir dans un état lamentable. Mais à mesure que la bouteille se vide, des envies suicidaires flirtent avec son esprit. Un autre verre pour oublier la souffrance et flotter loin de tout ce qui le dévaste cette nuit...
Pourquoi n'es tu pas là ?
Pourquoi n'es tu pas avec moi ?
Rien ne s'est déroulé comme il le souhaitait, comme à chaque fois. Sa vie dans les moindres détails s'est toujours jouée de lui, aggravant son état. Incontrolable âme égarée dans un corps qu'il ne supporte pas. Assis seul par terre, un verre à la main, à attendre que quelque chose se passe enfin, tandis que résonne un morceau des plus déprimants qu'il écoute en boucle sans même s'en rendre compte... Il devient fou à l'idée de se savoir tout seul ici, alors que son âme soeur s'amuse probablement déjà avec un autre pour l'oublier et ce jusqu'au bout de la nuit. Il ressent d'un coup comme un besoin de vomir... A moins que ce ne soit l'alcool... Le mal de tête s'intensifie. Il s'allonge, contemplant les faibles ombres sur son plafond. Il y a surement tant d'autres personnes en train de vivre une situation similaire, de ressentir les mêmes sentiments, d'être aussi déséspérées qu'il l'est actuellement. Il se sent pourtant si seul. Encore une fois, tout déraille. Il n'aurait jamais du y croire...
13 avril 2008
Neurasthenia

Dans un silence religieux, les minutes s'écoulent entrainant avec elles l'ennui le plus total. Le monde ici semble bien mort, mais hors de cette bulle, il tourne pourtant à une allure phénoménale. Est-il bien raisonnable de rester ainsi en retrait des autres ? Tout semble si simple lorsque l'on expose chaque chose clairement à plat pour trouver un moyen de ne plus refaire les mêmes erreurs. La lumière artificielle est devenu mon principal soleil, et cet écran hypnotique concrétise mes cauchemars les plus abjects. Plus personne ne pense à moi. Me voilà seul face au néant qui abreuve mon sang tandis que mon corps sombre dans un flou total. Je n'ai rien avalé depuis des heures et cela m'importe peu. Je repense à cette douce musique qui me terrifie à chaque écoute. Je sombre davantage, jusqu'à ne plus rien sentir du tout.
Prends un peu de moi comme si je m'envolais avec toi, et disperse le aux quatre coins de la pièce. J'aimerais me réveiller mais quand j'ouvrirai les yeux, tu ne serais plus là, et cette idée m'est totalement insupportable. Il n'y a que quand je dors que je te crois toujours avec moi. Est-ce qu'un jour je pourrais avoir la même vie que celle des autres ? Toucher du bout des doigts cette impression de bonheur... Je n'entends que les chuchotements de mon esprit. Je ne suis pas ce que j'aurais du être. Conduit à ma propre perte par mes démons, il est probablement trop tard pour remonter la pente. A l'intérieur tout est de plus en plus dévoré. Je me suis tué sans le savoir. Peut être un scalpel et d'autres instruments de torture me donneront plus d'espoir, qui sait... En attendant, je préfère rester dans ce flou à vivre dans ce monde meilleur façonné dans mon esprit qui me condamne dans le monde réel.
Et je reste persuadé que personne ne me comprendra jamais. Alors je me dirige vers cette salle obscure où ma sublime et mélancolique mélodie m'appelle. Plus j'approche, plus le volume s'intensifie. Les paroles prennent un sens davantage dramatique, envahissant mon cœur d'une souffrance étouffante. Et je tourne entre toutes ces personnes qui me regardent, et ils tournent autour de moi. Alors je m'ouvre les bras pour les faire fuir, mais ils ne réagissent pas. Je m'assois pour lécher le sang sur mes doigts, ce n'est pas aujourd'hui que je mourrais. Leurs yeux sont encore plus ternes que les miens d'accoutumée. Je lis en eux, et je commence à ressentir le même dégout à mon égard que celui qui me hante depuis toujours. Je n'aurai jamais du les laisser me percevoir de la sorte. Est ce qu'ils m'ont réellement vus comme cela, ou ne leur ai-je montré uniquement ce qui parait malsain en moi ? Après tout, cela n'a plus vraiment d'importance, je ne pourrai jamais m'expliquer pourquoi, mais je finirai par tout oublier tôt ou tard. Peut être par simple protection.
Dans les beaux jours, j'aurai cru que tout le monde autour de moi m'appréciait un tant soit peu. Mais plus le temps passe et plus je me rends compte que personne ne s'intéresse réellement à ce que je pourrai devenir. Je ne compte pour personne, même les inconnus me fuient. Ils veulent juste me laisser seul. A leur place, je ferai probablement de même. Je crois que s'obstiner serait retourner encore et encore le couteau dans la plaie. Je n'ai plus rien à faire ici. Et mes rêves sont tellement plus enivrants... Planer n'est pas salutaire mais d'un réconfort jamais égalé. Je veux m'allonger et ne plus me réveiller, si ce n'est pour contempler quelques couchers de soleil. Dormir jusqu'à la fin des temps, le but ultime à atteindre.
07 avril 2008
Irrégularités psychiques

L'absence laisse croire aux pensées les plus nombreuses que ses jours sont des plus festifs. Hélas ou non, la vérité en est tout autre. Divagation en solitaire, parce qu'il n'y a rien d'autre à faire, comme toujours. Il se croit parfois victime de forces maléfiques qui jouissent d'un pervers plaisir à tourmenter l'objet de leur convoitise. Aussi les catastrophes se succèdent, que ce soit sur le plan physique, moral, matériel... Pour chasser le mauvais oeil, encore faut-il trouver la bonne méthode. En attendant les idées noires se succèdent, tout comme ces folles envies de destruction en tout genre. Et tandis que la morosité le ronge, à petit feu il se tue. N'est ce donc pas au fond ce dont il a toujours rêvé ? Les tremblements sont incontrôlables. Les maux ne guérissent pas. A la sortie quotidienne, les kilomètres s'enchainent et son état se stabilise au plus bas niveau. Fixation maladive sur ses satanées bandes blanches... car si je les franchis je me prendrai ce mur... Les songes les plus malsains s'enchainent au fur et à mesure que la vitesse augmente. Mais il sait bien que ça ne changera rien. Demain tout sera pareil, instable, sans espoir. Comme s'il avançait tout en restant là à croupir à même le sol.
Bien malgré lui, il cède chaque jour un peu plus à la folie qui le dévore. Il ne sait pas comment ils font tous pour le supporter quand lui même a de plus en plus de mal à se regarder dans le miroir tant il ne se reconnait plus. Il est ingérable, c'est une évidence. Il ne compte plus le nombre de fois ou il pleure par jour. Et rien ne semble fonctionner, alors se retrouver seul dans le silence de cette pièce sans vie lui procure des idées douteuses. Il ressent de plus en plus un besoin de retourner vingt ans en arrière, quand rien n'avait vraiment de sens. Quand les chats sont gris, les rats mangent les souris... La vie était si belle mais semble ne plus jamais vouloir l'être. Comment arriver à se libérer de l'emprise de ces maux ? Il aimerait vous prendre et vous arracher, mais il n'est même pas sur que cela changerait quelquechose désormais... Chaque respiration lui rappelle combien il aimerait aller mieux, peut être même vivre une autre vie, ici ou dans une autre ère. Il sent s'éveiller en lui la folle envie de ne pas être sur de vouloir être ce qu'il ne sera probablement jamais. Cesse de m'appeler, tu resteras là où tu es...
22 mars 2008
Furie obsessionnelle

Et elle se retrouve à vivre ce qu'elle a déjà vécu une fois. Regarde ce mal nauséabond que tu lui infliges. La terreur et la peine dans les larmes qui coulent sur ces joues. Les mêmes obsessions ont fini par te convaincre qu'il n'y a plus aucune échappatoire. Tu tentes de les chasser en frappant ce mur jusqu'à ne plus sentir la douleur. Mais rien n'y fait, puisqu'ils t'ont tués dès ta naissance. Ca s'est toujours vu quelquepart au fond de tes yeux. Tu es mort depuis le début, et tu ne te rends pas compte qu'elle souffre de te voir ainsi. C'est pour ça que tu t'amuses à la torturer. Chaque jour ces mêmes actes. La répétition ne te lasse pas, bien au contraire. Si bien. Si bon. Continuellement. Encore. Seul. Aveugle. Mort.
Tu sais que ça ne finira jamais.
Tu sais que c'est foutu pour toi.
Tu sais ce qu'il te reste à faire.
Regarde le piteux état dans lequel tu finis. Toute la souffrance endurée semble s'être retournée contre toi. Tu le voulais tellement, tu savais vraiment comment t'y prendre. Cette peine, insatiable et toujours présente, impossible à maîtriser, impossible à contenir. Il t'en aura fallu du temps pour essayer de t'en débarasser. Les tentatives auront été vaines, jusqu'à ce jour... Mais quand règne l'hérédité du sang, n'oublie surtout pas que jamais deux sans trois.
05 mars 2008
Errance et conséquences

Planté là, visage livide, hypnotisé par la flamme de cette bougie, seule lueur de cette pièce. Je l'admire, si faible et pourtant si forte, si destructrice. Elle se consume, comme moi. Elle pourrait me tuer, comme moi. Et je pourrais bien mettre le feu aux rideaux pour que la pièce s'illumine davantage, mais je ne suis pas encore prêt à cela. Le serai-je un jour ? J'ai pris le temps de sortir, d'aller à l'aventure au milieu de nul part, musique à fond pour structurer les remparts de ma bulle, parcourant les chemins goudronnés souillés par les défécations d'êtres en tout genre. Quand on marche dans une merde ici, mieux vaut ne pas savoir qui en est le propriétaire. Les rues sont désertiques, rien à photographier. Changement de direction, là où sont ils sont tous, il y aura probablement pire à voir.
Le jardin côté sud est plein à craquer, je sens le regard de certains me violer, et ça m'est fortement désagréable. Comme cette truie et son connard. Je m'imagine lui plonger la tête dans l'eau pour lui rafraichir les idées, ça lui offrirait autre chose à faire que de me mater de long en large. Mais non, dans ce monde, ce serait déplacé. Alors je sors mon appareil photo à défaut d'autre chose, et leurs regards comme par miracle se posent sur autre chose. Si prévisible. Et si méprisable. Je continue mon périple à travers les jardins, photographiant les poubelles. Mais l'ennui me gagne aussi vite que lorsque je reste à comater sur mon canapé. Il vaut mieux rentrer maintenant avant que tous ne me voient tel que je suis. Finalement, ce n'était peut être pas une si bonne idée que ça de me forcer à sortir.
02 mars 2008
Week-end glaçé
Viens te perdre avec moi dans les ténèbres... Un peu de vodka schtroumpf et le monde te semblera plus bleu, ses peuples plus ouverts. Pour preuve ces quelques heures passées sur des terres plus froides après s'être laissé tanguer durant 351 km, au son de mélodies toutes plus envoutantes les unes que les autres. Un hall de gare, une fiole, une bo déprimante, des gens, des rêves éveillés. Emma arrive de l'autre côté. Une simple conversation sur les tourments de la vie en plein milieu du tram, et nous voila fin prêts à ouvrir les festivités. Deux ou trois verres plus tard, l'opération "calage sur les quais" nous embarque dans un mini périple dans les rues glaciales de la ville. On se retrouve dans un bar où quelques prédateurs sexuels s'abreuvent en attendant de s'accoupler, alors nous sortons aussitôt que nous y sommes rentrés. On se pose finalement à une table dans un pub où des jeunes trop éméchés se mettent à hurler à tue-tête une chanson populaire, provoquant de notre part deux réactions radicalement opposée. Emma adore, je hais. On ne peux pas être d'accord sur tout. De toute façon, ça ferme dans quinze minutes. Direction une boite perdue au fin fond d'une allée, où Emma lâche la fiole à un de ses "collègues" le temps de deux trois gorgées. "Il a pas touché avec ses lèvres j'ai bien regardé". Trop tard, le mal est fait, j'ai déjà du mal à boire dans le même verre qu'un proche. Et puis un inconnu déchiré nous demande du feu, et puis aussi de retrouver on ne sait pas trop qui dans la boite pour qu'il puisse récupérer ses clefs et rentrer chez lui, totalement bourré. De toute façon, nous on cautionne pas l'alcool au volant. Et on lui dit. Et il a l'air de s'en foutre. Quand je dis que je vis dans un monde entouré de fous furieux détraqués. D'ailleurs, on aura aucun mort sur la conscience vu qu'une fois rentré, on oublie complètement de lui rendre ce service, trop occupé par nos petites personnes.
J'ai froid, alors je garde mon pull, quitte à paraître cinq ans de moins. Je suis pas là pour plaire, juste pour profiter de la vie. C'est vide et ça se remplit peu à peu, comme nos verres. On parle à des gens qu'Emma connait, et pis à d'autres que nous ne connaissons pas. La boîte à cancer nous brûle les yeux, mais les discussions y sont passionnantes. La subtilité d'un carnage ne semble pas au goût de tous, et un mec perdant la notion du temps finira par nous reprocher de converser sur des sujets trop osés. Comme il est plaisant de pouvoir converser avec ce type d'individus aussi arrogants qu'inintéressants. Après échanges d'amabilités, l'incrusteur bat en retraite. La soirée se poursuit entre plusieurs salles et plusieurs questions existentielles entre lesquelles viennent se poser des réflexions très intéressantes sur la combinaison kiki d'un serveur. Le temps passe et nous décidons de nous en retourner à la maison nous reposer. L'eau qui coule contre ma peau me donne l'impression d'une purification totale. La nuit se fera sans vieilles odeurs de clopes, extase absolue. Le temps passe si vite, tout comme la journée suivante. Réveil tardif, comatage intensif. On part à la recherche d'un vernis pour peinture acrylique. On se perd, et on trouve, et on vadrouille. On cherche des lunettes de soleil pour se protéger du regard des autres, et des dvd dont les histoires pourraient nous ressembler. On rentre bredouille, Emma part conduire, et moi je dors. Deux heures plus tard, on achète des pierres. Améthyste, agathe, onyx, hématite, citrine. On rentre boire et "peindre", pour retrouver un homonyme un peu plus tard.
Retour dans les lieux de la veille, rencontres en tout genres, discussions et égarement de soi, au détour de quelques verres. Les propos les plus crus de nos voisins sont toujours tenus lors de la pause cigarette. Mais c'est lors de cette même pause que nous aurons l'une des discussions les plus intéressantes de la soirée avec un inconnu que nous ne recroiserons d'ailleurs plus. Plusieurs heures au milieu de ceux qui ne jurent que par le sexe et l'apparence peuvent sembler aussi salutaires que dévastatrices. Kiki a troqué son costume pour un simple fut, et ses avances me foutent la gerbe. Les réponses obtenues à la question phare de la soirée lancée par Emma, à savoir "Tu crois en Dieu ???", la laissera dans une profonde réflexion, les réponses étant en majorité négatives. Lors d'une autre pause, on se retrouve à discuter lithothérapie et de pieux en bois avec d'autres inconnus, mais la fumée oppressante nous pousse à sortir rejoindre les tektonikeurs et autres fans de Britney. La fatigue nous gagne, et on se casse à la bonne heure, même s'il est tard, à deux, l'homonyme s'étant déjà retiré depuis un bon moment. Le retour se fait dans la fraicheur hivernale, une seconde fois. Nous nous arrêtons un moment, et Emma se met à pousser un long hurlement, du haut des quais, dans le vide, face au fleuve. Le sentiment ressenti lui semble tellement fort qu'elle me poussera à faire cette expérience avec elle. Après moultes refus, je finis par céder, et nous hurlons, du haut des quais, dans le vide, face au fleuve. Nous rentrons, épuisés, et quand j'ouvre les yeux, il est déjà bien tard. Le temps est venu de partir, et le trajet inverse se fait parmis les fous. Pour ne pas changer. Ils seront le petit plus qui fortifiera mes souvenirs. Il est dimanche soir, et je suis chez moi. Demain, la vie reprendra son cours normal. Et le week end prochain, peut être me perdrai-je à nouveau, avec...




